Un
des points de départ à l’envie d’aborder
cette thématique est la légende de l’ange de l’oubli
:
Avant la naissance, les futurs nouveaux nés possèdent
toute la connaissance et le savoir accumulés depuis l’aube
des temps ; ils savent tout sur tout. Au moment où ils naissent,
un ange s’approche et leur pose un doigt sur la lèvre
supérieure. Instantanément, ils oublient tout et gardent
seulement la trace du doigt posé sous le nez.
Cette
histoire, au-delà de son charme attendrissant, évoque
les notions de réminiscence, de perte originelle et nous interroge
sur cette impossible anamnèse qui semble obséder l’humanité
depuis longtemps. De manière évidente, cette obsession
s’est souvent exprimée sous la forme de dérives
diverses, ayant conduit l’humanité à son état
actuel. L’esprit de la pièce est imprégné
de cette réflexion.
Un
autre élément d’inspiration est la prise en compte
de différents types d’oubli, tels qu’ils nous sont
proposé par l’ethnologue Marc Augé dans son livre
« Les formes de l’oubli ».
“
L’oubli est nécessaire à la société
comme à l’individu. Il faut savoir oublier pour goûter
la saveur du présent, de l’instant et de l’attente,
mais la mémoire elle-même a besoin de l’oubli :
il faut oublier le passé récent pour retrouver le passé
ancien. La mémoire du passé, l’attente du futur
et l’attention au présent génèrent trois
“figures” ou formes de l’oubli et ordonnent la plupart
des grands rites africains, qui se présentent ainsi avant tout
comme des dispositifs destinés à penser et à
gérer le temps. Le rite est exemplaire de la tension entre
mémoire et attente qui caractérise le présent,
dans la mesure où il organise le passage d’un avant à
un après dont il est à la fois le truchement et le repère.
“
Cet
angle de vue particulier sur la notion d’oubli met en évidence
les notions d’écoulement du temps et d’emploi du
temps (au sens de l’usage que l’on en fait). Ces considérations
temporelles vont fournir les principaux éléments de
l’ossature de la pièce et assez naturellement, la confrontation
de nos histoires personnelles, ainsi que celles des danseurs, avec
ces différents points de vue sur l’oubli fournit l’essentiel
de “la chair” de la pièce.